TRIBUNE: Une confrontation militaire entre Washington et Téhéran serait-elle inévitable?

Par Hamid Enayat*/

Téhéran repasse aux menaces nucléaires pour pousser l’Europe à s’affirmer contre les sanctions américaines qui asphyxient le pays. Allemands, Français et Britanniques se contentent d’observer le bras de fer Iran/USA.

Le Golfe, une des régions du monde les plus sensibles, où la moindre étincelle semble pouvoir donner prétexte à un embrasement au moins régional. En effet, le détroit d’Ormuz, entre la péninsule arabique et l’Iran, est le passage obligé pour un tiers du commerce mondial de pétrole, et par conséquent le premier terrain de confrontation, quand les tensions s’enflamment entre Washington et Téhéran.

En pleine crise au Moyen-Orient, les Etats-Unis cherchent à tout prix à créer une situation tendue avec l’Iran. Après deux déploiements militaires impressionnants dans cette partie du monde, les Etats-Unis pointent désormais du doigt le régime iranien, l’accusant d’être responsable de l’attaque de deux pétroliers saoudiens et de tenter d’attaquer des dispositifs militaires américains dans le Golfe.

Les américains continuent de conduire leur stratégie de pression maximale Alors que l’Iran voit que l’aile modérée en Iran n’est qu’un mirage. Les deux camps sont isolés. D’un côté, l’Iran est totalement acculé économiquement par les sanctions américaines et par la montée des unités de résistance. Le régime n’a pas trouvé d’autres moyens de survie que de provoquer l’Occident, en menaçant de relancer son programme nucléaire. Une stratégie qui est destinée à pousser l’Europe à s’affirmer contre la politique américaine qui asphyxie la république des mollahs. Une stratégie qui ne porte pas ses fruits. L’Europe se trouve en ce moment plutôt à côté des américains. Et de l’autre côté, l’administration Trump vient de renforcer ses sanctions contre les exportations de pétrole iranien. Les sanctions réimposées par les États-Unis, directement ou à l’encontre d’entreprises étrangères, ont mis à mal l’économie iranienne.

La stratégie américaine peut-elle renverser le pouvoir des mollahs ? Donald Trump a dit : qu’il n’y aurait pas de guerre directe avec l’Iran, sauf en cas d’attaque. Cependant il existe de grandes inquiétudes sur l’arrivée d’un nouveau conflit. A Washington, Trump est conseillé par des personnalités virulemment anti-iraniennes comme le néoconservateur John Bolton, conseiller à la sécurité nationale et Mike Pompeo, ministre des Affaires étrangères. John Bolton était un supporter actif des Moudjahidines du peuple, le mouvement de résistance armée opposé au régime iranien. Ce mouvement est à ce jour la seule alternative viable et constitue une menace pour le régime iranien.

Quant à Mike Pompeo, il focalise sur une politique d’affaiblissement de l’Iran. Il semble que les Etats-Unis parie sur une attaque de groupes armés pro-chiites et donc pro-iraniens, contre des troupes américaines ou leurs alliés, en Syrie ou en Irak. Une telle attaque justifierait une intervention américaine. L’ultimatum de Hassan Rohani, de 60 jours avant la relance de l’enrichissement de l’uranium iranien ressemble davantage à un ultimatum aux Européens, afin de les mettre face à leurs responsabilités, et les obliger de s’affirmer face à la politique américaine sur l’Iran de Trump.

A ce jour, cette stratégie de menace ne semble pas fonctionner et apporte même l’inverse de la réponse espérée par l’Iran. Dernièrement, Florence Parly, la ministre française des Armées, a menacé Téhéran de sanctions plus lourdes, via le Conseil de Sécurité de l’ONU.

Entre les Etats-Unis qui souhaitent un changement de comportement du régime iranien; Les Européens, qui se trouvent plutôt à côté des américains et les Russes et Chinois, qui veulent préserver les accords de Vienne et leurs intérêts économiques en Iran en continuant leur politique de complaisance Et la situation explosive en interne avec la montée en puissance des unités de résistance dans tout le pays, La théocratie des mollahs serait-elle dans l’impasse ?

*(Hamid Enayat est un analyste iranien).

*Les Tribunes reflètent seulement le point de vue de leurs auteurs.

Publié par Mafrique.ma