«L’instrumentalisation de l’émotion dans les contenus médiatiques, décrédibilise le journalisme», souligne la présidente de la HACA

Yaoundé – La présidente de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA), Latifa Akharbach, a souligné, mardi à Yaoundé, que « l’instrumentalisation de l’émotion dans les contenus médiatiques, décrédibilise le journalisme et favorise la manipulation des opinions ».

Lors d’une Table Ronde organisée dans le cadre des 48èmes Assises de l’Union internationale de la Presse francophone (UPF) qui se tiennent jusqu’au 22 novembre dans la capitale camerounaise, Mme Akharbach a affirmé que « l’émotion est devenue le moyen privilégié et récurrent pour capter l’attention des consommateurs des médias au détriment souvent de l’investigation, de l’analyse et de la contextualisation qui sont des fondamentaux du métier d’informer; Le sur-usage de l’émotion dans les contenus médiatiques favorise ainsi la manipulation des opinions et renforce l’impact des populismes ».

« Levier puissant pour la captation de l’attention collective et individuelle, l’émotion fait désormais partie d’une stratégie de la manipulation qui s’est beaucoup renforcée dans le contexte de la nouvelle économie de la communication, créée par la transformation digitale et caractérisée par le fait que le temps et l’attention des consommateurs des médias deviennent la ressource rare », a poursuivi Mme Akharbach qui conduisait une délégation de la HACA, composée de Khalil Alami Idrissi, membre du Conseil supérieur de la Communication audiovisuelle (CSCA) et Karim Bendaoud, Responsable Communication à l’Instance.

La présidente de la HACA a pointé, à cette occasion, le mimétisme de contenu et de pratiques induit par la concurrence entre les médias classiques et les réseaux socio-numériques, phénomène qui contribue, selon elle, à aggraver l’accoutumance émotionnelle des publics des médias et influe sur leurs perceptions.

« Si l’émotion est un ressort classique et indispensable aux médias pour toucher les consciences, faciliter la compréhension de l’information et susciter l’empathie, elle ne peut, sans risque de décrédibilisation du journalisme, être érigée en critère exclusif de sélection et de hiérarchisation de l’information », a-t-elle insisté en donnant l’exemple de la présence massive de la peur dans les médias numériques et classiques, dans les pays du Nord comme dans ceux du Sud.

« Le traitement journalistique de la question migratoire, du terrorisme, de l’islam, illustrent parfaitement cette instrumentalisation de l’émotion qui participe ainsi à faire le lit des populismes et des extrêmes », a-t-elle conclu.

Placées sous le thème de : « Journalisme d’émotion, journalisme d’information », les 48èmes Assises de l’UPF, présidée actuellement par le Sénégalais Madiambal Diagne, ont été ouvertes par le Premier Ministre camerounais et ont regroupé quelque 400 professionnels des médias de plus de 60 pays.

Le Maroc était représenté également par une dizaine de journalistes dont notamment Meriem Oudghiri, présidente de la section marocaine et vice-présidente de l’UPF, et de Abdelmounaim Dilami, président d’honneur de la même organisation.

L’UPF, qui regroupe plus de 3000 journalistes, responsables et éditeurs de la presse écrite et audiovisuelle dans 110 pays dans différentes régions du monde, est une organisation internationale non-gouvernementale reconnue par de grandes organisations internationales, telles l’ONU, l’UNESCO et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Publié par Mafrique.ma