Point de vue

Quand le fantôme d’Ebola refait surface…

Par : El Mostafa NAZIH

Dès son apparition dans une zone, tout un pays tremble et, par ricochet, tout un continent frémit, alors que le reste de la planète se met aux aguets. Il s’agit, encore une fois, de la fièvre hémorragique Ebola dont « le passage » est toujours à l’improviste et son annonce effraie, rappelant le désastre subi entre 2013 et 2016 par des pays de l’Afrique de l’Ouest.

En guise de flashback, rappelons que le fléau de cette fièvre hémorragique mortelle a débuté, en décembre 2013, d’abord au Sud-Est de la Guinée avant de s’étendre ensuite au Liberia, à la Sierra Leone et, à degré moindre, au Nigeria.

Les autres pays qui ont été touchés, à savoir le Mali, les Etats-Unis, le Sénégal, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Italie, l’ont été dans une bien moindre mesure.

Concernant le Nigeria, il avait constaté à l’époque que le virus a été introduit dans le pays par un visiteur, arrivé en provenance du Liberia et qui s’était effondré à l’aéroport de Lagos, capitale économique du pays. Il venait à bord d’un vol d’une petite Compagnie africaine pour participer à une rencontre à la représentation de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest). Ladite Compagnie a été interdite de desservir les aéroports du Nigeria après le décès de ce visiteur et du médecin nigérian qui essayait de le soigner, suite aux symptômes d’Ebola diagnostiqués à Lagos.

-C’était la peur au ventre

Lorsque les médias parlaient d’« épidémie », et de « ravage », c’est parce que c’était la première fois en 2013-2016  que ce virus, sans traitement connu (du moins à l’époque), entraînait une contamination hors d’Afrique centrale puis hors du continent africain.

Ceci dit, l’ampleur de la contamination avait boosté les travaux de recherche d’un vaccin, avec acharnement et « contre-la-montre », le nombre de morts ayant atteint les milliers.

Les ravages enregistrés, à cause de cette Maladie à Virus Ebola (MVE), notamment en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, restent encore dans les mémoires en ce mois de mai 2018. Cette fois-ci, le fantôme d’Ebola refait surface en République démocratique du Congo (RDC), incitant aux préparatifs pour assurer la protection autant que possible aussi bien dans le pays, qu’en Afrique et au-delà du continent, eu égard aux déplacements faciles et nécessaires des gens et au transfert rapide du virus par différents moyens. Les pays voisins de la RDC, tels que le Burundi, le Rwanda, l’Ouganda, la Tanzanie, le Congo et le Soudan du Sud ainsi que certains pays à plusieurs Km de la RDC dont le Nigeria, le Gabon et le Ghana, cherchent déjà à « se prémunir » en amont.

Pour y faire face, les moyens de prévention restent toujours essentiels dont en premier lieu la propreté, l’hygiène et la nécessité de limiter les contacts physiques au strict minimum surtout en cas de déclaration de cas dans une zone donnée. La fièvre hémorragique Ebola vient en fait d’un virus qui se transmet par contact physique avec des liquides corporels infectés, selon les spécialistes qui soulignent que le gibier de brousse est considéré comme un vecteur potentiel.

-« Ebola », la rivière « exotique » !

Ironie du sort, « Ebola » est le nom d’une rivière de beauté exotique, au Nord de la RDC,  qui incite le visiteur à en découvrir les charmes, malgré l’état des routes. Hélas ! Le premier  foyer connu de cette fièvre a été déclaré, en 1976, près de la rivière Ebola. Depuis, le virus a été dénommé « Ebola ». Mais puisque les épidémies en RDC ont été souvent vite circonscrites, contrairement à celle qui avait sévèrement touché des pays de l’Afrique de l’Ouest durant la période 2013-2016, le pays n’est souvent pas cité bien que le virus est « passé » neuf fois par là. En 2017, il a fait quatre morts.

A la date du 15 mai 2018, 44 cas de MVE ont été enregistrés dans le pays, depuis le début de l’épidémie, dont 23 décès : 21 cas suspects, 20 cas probables et 3 cas confirmés, sachant que les premiers cas ont été notifiés le 3 mai 2018 dans la Province de l’Equateur (Nord-Ouest), à environ 700 Km de la capitale Kinshasa.

Sur le terrain, la lutte contre l’épidémie est toujours en cours, renforcée particulièrement par une campagne de vaccination contre le virus devant démarrer ce lundi 21 mai 2018 et cible en premier lieu le personnel de santé, les contacts des malades et les contacts des contacts, selon le porte-parole par intérim du gouvernement congolais, Flory Kabange Numbi. Environ 600 personnes sont concernées par cette première phase de vaccination.

-À crainte d’isolement, une riposte rapide

Kinshasa, qui dispose actuellement de 5 400 doses de vaccin, a eu la promesse de partenaires de lui fournir « 300 000 doses » pour cette opération dont la durée n’a pas été déterminée, devait expliquer, samedi 19 mai, le porte-parole congolais, cité par les médias. Et dans le cadre de la riposte, le travail de diagnostic et de prévention d’autres cas avait commencé dès la première semaine de ce mois dans les localités de Bikoro et Iboko ainsi que la ville de Mbandaka, relevant de la Province de l’Equateur.

Tout en s’attaquant à la vaccination, le gouvernement s’est opposé à d’éventuelles « mesures d’isolement contre la RDC » et exprimé, à ce propos, sa pleine satisfaction « de la qualité et de la rapidité de la riposte ».

A juste titre, la crainte d’isolement rappelle le manque à gagner économique et la frustration sociale qu’ont connus, lors de l’épidémie de 2013-2016, les pays touchés, parallèlement à la satisfaction quant à la solidarité exprimée par des pays amis. Et quand cette solidarité est africaine, la satisfaction ne pouvait qu’être encore plus grande, ce qui rappelle la solidarité marocaine concrète, agissante et diversifiée, dans les situations difficiles, envers tant de peuples africains frères.

Quand la crise était, justement, à son comble, la décision de la Compagnie nationale de transport aérien, Royal Air Maroc (RAM), de maintenir ses vols à destination des pays africains qui étaient frappés de plein fouet par l’épidémie d’Ebola, est encore dans les mémoires.

Pour l’heure, la situation semble maitrisée en RDC, mais la vigilance est de mise du fait que « la Maladie à Virus Ebola constitue une urgence de santé publique de portée internationale ». C’en est ainsi pour le ministre congolais de la Santé publique, le Dr. Oly Ilunga Kalenga, qui considère l’épidémie, déclarée actuellement, comme une pathologie à haut risque. Pour l’endiguer et éviter le scénario du pire, la mobilisation internationale est la condition sine qua non.

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