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Rwanda : le rapport MUSE attribue à la France “une lourde responsabilité pour avoir rendu possible un génocide prévisible“

Commandé en 2017 par le Rwanda au cabinet Levy Firestone Muse (1) le rapport de 628 pages (2), publié le 19 avril 2021, quelques semaines après le rapport Duclert (3), qualifie la France de “collaborateur indispensable“ du régime Hutu qui a orchestré le massacre en trois mois de plus de 800 000 Tutsi, selon les chiffres de l’ONU (4). “L’Etat français n’était ni aveugle ni inconscient au sujet d’un génocide prévisible“, lit-on dans le rapport. Au contraire, la France savait qu’un génocide se préparait mais a continué à apporter “un soutien indéfectible“ au régime Hutu du président Juvénal Habyarimana, même lorsque ses intentions génocidaires “étaient devenues patentes“. Extraits.

Par Nour-Eddine NAZIH (Paris)

  • Ce rapport porte sur le rôle de l’État français en lien avec le génocide contre les Tutsi du Rwanda de 1994, une des plus monstrueuses atrocités du vingtième siècle. […] Ceux qui cherchent à fuir leur responsabilité ont réussi à cacher, occulter ou déformer la vérité. (Page 1)
  • Seul l’Etat français a été un collaborateur indispensable dans l’établissement d’institutions qui deviendraient des instruments du génocide, seul l’État français a apporté un soutien indéfectible à ses alliés. Aucun autre Etat étranger n’avait connaissance du danger représenté par les extrémistes rwandais tout en appuyant ces mêmes extrémistes. (Page 32)
  • Rwandais, alors même que leurs intentions génocidaires étaient devenues patentes […]. Aucun Etat ne travaillait aussi étroitement avec le régime Hutu que la France. Pourtant, l’Etat français n’a toujours pas reconnu son rôle et ne s’en est toujours pas officiellement excusé. (Page 32)
  • Lorsqu’un million d’êtres humains sont massacrés sur une période de cent jours et que des générations souffrent plus de vingt-cinq après, il est impératif d’établir la vérité. […] Depuis trop longtemps, le Rwanda et le peuple rwandais ont vu l’État français se détourner de la vérité et ne pas reconnaître son rôle et sa responsabilité. (Page 1)
  • Il est important de souligner que ce rapport documente aussi la période après le génocide. Il étudie le rôle de l’État français au cours des vingt-cinq dernières années et établit que l’État français n’a cessé de faire entrave à la justice, de tenir secrets des documents et de perpétuer des versions fausses sur le génocide. Cette opération de camouflage se poursuit aujourd’hui. (Page 1)
  • L’État français, bien qu’ayant connaissance de cette enquête, n’a pas coopéré. Il a mené ce que l’on peut caractériser aujourd’hui comme une opération de camouflage constituée d’omissions, d’esquives et de distorsions. L’État français a accusé réception des demandes de documents de l’État rwandais le 29 décembre 2019, le 10 juillet 2020 et le 27 janvier 2021, mais n’y a pas donné suite. (Page 4)
  • Des signes encourageants montrent que la situation pourrait évoluer. En 2019, le président Emmanuel Macron a annoncé la création de la Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi (« la commission Duclert »). […] À bien des égards, ses conclusions rejoignent les nôtres. Cependant, notre rapport se démarque de la commission Duclert sur plusieurs points, notamment : la responsabilité, l’aveuglement et le camouflage : (Page 2)
  • La responsabilité : La commission Duclert, tout en parlant de « responsabilités lourdes et accablantes », elle n’attribue pas à l’État français une lourde responsabilité pour avoir rendu possible un génocide prévisible. Nous le faisons dans le présent rapport.
  • L’aveuglement : La conclusion de la commission Duclert laisse entendre que l’État français était « aveugle » face au génocide à venir. Ce n’est pas le cas. Notre rapport conclut que le génocide était prévisible, l’État français était en mesure de constater qu’un génocide se préparait. L’État français n’était ni aveugle ni inconscient au sujet d’un génocide prévisible.
  • Le camouflage : La commission Duclert, dans l’ensemble, n’aborde pas les vingt-cinq années qui ont suivi le génocide. Notre rapport, au contraire, détaille et étudie le camouflage mis en place, les obstacles dressés et les fausses versions promulguées par l’État français depuis 1994. Cette approche de l’État français s’inscrit malheureusement dans une logique d’obstruction qui dure depuis 27 ans.
  • Notre rapport était en grande partie achevé avant que les travaux de la commission Duclert ne soient rendus publics. […] Ni cette préface ni notre rapport ne constitue un effort d’examiner et de répondre à la commission Duclert. Nous saluons ses efforts, (une évolution vers la transparence), mais considérons que chaque rapport est indépendant l’un de l’autre. (Page 3)

  1. “Rapport et recommandations au Gouvernement du Rwanda sur le rôle des officiels Français dans le génocide contre les Tutsi“ (11/12/2017 – 54 pages en Anglais) à Télécharger ici.
  2. Site Republic of Rwanda pour télécharger le rapport (19/04/2021 – 628 pages et 173 pages d’annexes – en Anglais) et une traduction française de la préface, de la synthèse, et des conclusions et constatations (44 pages).
  3. Lire notre article “La Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda…“, mafrique.ma le 26/04/2021 dans Ici et Ailleurs.
  4. Lire l’article “Génocide contre les Tutsis : Commémoration au Rwanda et dans le monde“, mafrique.ma le 10/04/2021 dans Ici et Ailleurs.

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