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La crise Maroc-Espagne : coup de pression migratoire, pour des médias en France !

Même son de cloche de plusieurs médias en France : « Rabat a instrumentalisé la variante migratoire ». Il s’agit, a-t-on estimé, à la fois d’une « agression » et d’un « chantage ». Pas seulement vis à vis de Madrid, mais de l’Europe. On souligne, tout de même, que « le Maroc est un partenaire indispensable de l’Espagne dans la gestion des flux migratoires », tout en insistant également sur le fait que « Le Maroc est un partenaire crucial de l’Union européenne, notamment face aux défis migratoires ». Aussi, on « souhaite [que] cette coopération migratoire, qui a permis d’endiguer les flux irréguliers en Méditerranée occidentale et de prévenir les drames humains souvent associés, se poursuive. » Et … on déplore que « la résolution [du Parlement Européen] cloue au pilori notre partenaire stratégique marocain » et qu’elle « ne sert pas les intérêts de l’Europe ».

Par Nour-Eddine NAZIH (Paris)

Sur le Site France Info 👁🗁, on peut lire « Les migrants de Ceuta sont les otages d’un règlement de comptes politique. Le Maroc s’en cache à peine. Car s’il a volontairement assoupli ses contrôles aux frontières, lundi 17 mai, pour laisser des milliers de demandeurs d’asile débarquer sur cette enclave espagnole, c’est par représailles. Outré de voir l’Espagne accueillir sur son sol un homme qui est l’un de ses ennemis jurés (…), soigné pour Covid-19 fin avril dans un hôpital de la Rioja, sous une fausse identité (…) Si Rabat y a vu une trahison, son coup de pression passe très très mal. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a parlé de « manque de respect ». La ministre des Affaires étrangères s’est exprimée, et jeudi 20 mai, la ministre de la Défense est encore monté d’un ton, dénonçant à la fois une « agression » et un « chantage ». Pas seulement vis à vis de Madrid, mais de toute l’Europe.

On lit, dans Courrier International 👁🗁, que c’est « Une affaire à laquelle Paris est obligée de s’intéresser, peut-être malgré elle. El País décrit la relation spéciale qui lie la France et le Maroc, l’ancienne puissance coloniale étant qualifiée par le quotidien madrilène de “gouvernement européen le plus fidèle à Mohammed VI” (…). Celle-ci est néanmoins mise à mal par le conflit latent avec l’Espagne (…) La relation entre le Maroc, la France et l’Espagne a toujours eu des airs de triangle familial – une affaire de frères et de cousins dans laquelle, comme souvent en famille, se mélangent sans cesse affection et complexes et intérêts partagés… »

Le Site IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) 👁🗁 estime que « Rabat a instrumentalisé la chaleur migratoire, pour signaler un vif mécontentement diplomatique, en rétorsion d’un acte jugé inadmissible. L’accueil dans un hôpital espagnol, à Logroño, au nord du pays, sous un nom d’emprunt et un vrai-faux passeport algérien, de Brahim Gali, victime du coronavirus. Le Sahara, ancienne colonie espagnole, est pour le Maroc une terre irrédente, légitimement restituée et intégrée au Royaume en 1975. Tout gouvernement contestant le bien-fondé de cette réintégration doit savoir qu’il s’expose à une réponse marocaine vigoureuse. »

Sur le Site France Culture 👁🗁 on explique que « les relations entre le Maroc et l’Espagne sont en crise ouverte. Une crise diplomatique, aux racines multiples, où des jeunes gens, (…), manipulés par Rabat pour signifier son mécontentement et faire pression sur Madrid (…) L’arme migratoire avait été brandie, on s’en souvient, par la Turquie d’Erdogan, mais là ce sont pour la plupart des Marocains, encouragés par le soudain laxisme des gardes-frontière. »

Le quotidien Le Monde 👁🗁 s’est posé la question : « Le Maroc a-t-il délibérément relâché sa surveillance de la frontière ? » (…) L’auteur rappelle, toutefois, que « Le Maroc est un partenaire indispensable de l’Espagne dans la gestion des flux migratoires, notamment aux frontières de Ceuta et Melilla. Mais les relations diplomatiques entre les deux pays sont aussi entachées de différends qui refont régulièrement surface et provoquent des bras de fer, comme c’est le cas ces dernières semaines », avant d’estimer que « Le doute quant à l’instrumentalisation de la question migratoire n’est alors jamais loin », et d’ajouter que « L’origine de la récente montée des tensions diplomatiques entre Rabat et Madrid est cependant à chercher ailleurs : du côté du Sahara (…)

Quand au Figaro 👁🗁, le « coupable » est tout désigné ! en se référant aux « analystes dans la Péninsule (qui) rappellent unanimement qu’à de nombreuses occasions où le Maroc a voulu exprimer son mécontentement ou peser sur des négociations avec l’Espagne ou l’Union européenne, il a «ouvert les vannes». Dans le cas présent, tous les observateurs font le lien avec l’hospitalisation à Logroño, en avril, de (…) Brahim Ghali. Rabat avait averti Madrid par un communiqué de possibles «conséquences». «Les deux événements sont liés, cela ne fait aucun doute, confirme Eduard Soler Lecha, chercheur au think-tank Cidob de Barcelone et spécialiste des questions méditerranéennes. Mais l’hospitalisation n’est pas le seul élément qui ait contribué à une détérioration des relations entre les deux pays au cours des dernières années», soutient-il.

La liste n’est pas exhaustive (Le Point, Marianne, Les Échos, l’Opinion, La Croix …) mais le ton est le même, le rendu est identique ! On plaide mordicus la cause de Madrid ! Quelques voix discordantes, cependant :

Ainsi, l’écrivain Fermín Bocos, 👁🗁 fait observer qu’il « n’y a pas de précédent dans le monde de la diplomatie espagnole pour une erreur politique comme celle de Mme González Laya, ministre de l’AA.EE., qui, en protégeant et en justifiant l’accueil en Espagne de Brahim Gali, (…) a généré une crise politique aiguë avec le Maroc. » Il relève qu’au vu de « son expérience limitée dans le monde complexe des réalités géopolitiques du Maghreb » (…) « Cet extrême laisse penser qu’à elle seule, la ministre n’aurait pas pu aboutir à un exercice aussi risqué de funambule diplomatique avec des réactions politiques évidentes et donc prévisibles. Une opération de ces caractéristiques nous oblige à tourner nos regards vers Pedro Sánchez et ses partenaires du gouvernement ».

Le magazine Jeune Afrique 👁🗁 note, à propos de la résolution du Parlement Européen (10 juin 2021), que « si la résolution est passée, elle n’a pas bénéficié de l’adhésion de tous les eurodéputés (397 pour, 85 contre et 196 abstentions). Et de préciser que « certains d’entre eux ont dénoncé publiquement la démarche portée par le parti espagnol, l’Espagne et du Parlement européen, à l’instar de l’eurodéputé Tchèque Tomáš Zdechovský qui a qualifié cette résolution de « contreproductive pour la relation entre le Maroc et l’Espagne ».
« Le bon sens aurait voulu que le Parlement appelle l’Espagne et le Maroc à renforcer leur coopération. Au lieu de cela, la résolution cloue au pilori notre partenaire stratégique marocain et reste muette sur les responsabilités des forces de l’ordre espagnoles dans les violences rapportées par les ONG – et pour lesquelles la justice espagnole a ouvert une enquête », a souligné, de son côté, la députée belge Frédérique Ries qui note que « cette résolution ne sert pas les intérêts de l’Europe », ajoutant qu’« Une diplomatie efficace et pragmatique est tout sauf une diplomatie incendiaire. Ce texte, au contraire, et jusqu’à son titre, est une faute ». Et de conclure : « Décriée par plusieurs eurodéputés, la résolution a été aussi dénoncée par des instances internationales. A l’instar du Parlement Arabe, émanation de la Ligue Arabe, qui a annoncé que « cette résolution contient des critiques insensées et infondées concernant les politiques du Royaume (…) Elle ignore totalement les grands efforts que déploie le Royaume dans la lutte contre le terrorisme, l’immigration illégale et la traite des êtres humains. »

Le journal Libération 👁🗁 relaye « une vidéo tournée par le média local «El Faro de Ceuta» montrant des militaires espagnols repousser dans la mer des migrants à Ceuta. Deux migrants sont morts noyés depuis le début de la semaine. »

Le Site Atalayar 👁🗁 rapporte les propos de Madame Hélène Le Gal, l’Ambassadrice de France à Rabat. Elle a souligné que le Maroc est une nation fiable et que Rabat prend la lutte contre l’immigration illégale « très au sérieux ». « Le Maroc propose des solutions qui sont très coûteuses », a ajouté l’ambassadrice française. Mme Le Gal a mis en avant la coopération franco-marocaine qui, selon ses propres termes, « fonctionne très bien », les deux pays ayant des intérêts communs et les mêmes défis, comme le terrorisme dans la région du Sahel. « La France est fortement engagée militairement dans la région, où nous coopérons avec le Maroc dans la lutte contre le terrorisme », a déclaré Mme Le Gal. Elle a également profité de l’occasion pour souligner et saluer la bonne gestion des autorités marocaines lors de la crise sanitaire provoquée par la pandémie de coronavirus. « Rien qu’au Maroc, 95 % des vaccinations en Afrique sont effectuées, c’est vraiment extraordinaire », a-t-elle ajouté. Les propos de l’Ambassadrice de France concernant la crise migratoire entre l’Espagne et le Maroc reprennent les récentes déclarations du ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

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