Culture & Arts

Hommage mémorable aux Divas de l’âge d’or du cinéma et de la musique arabes

Oum Kalthoum, Warda, Asmahan, Fayrouz, Laila Mourad, Samia Gamal, Souad Hosni, Faten Hamama, Tahiyya Carioca, Sabah, Dalida… L’exposition « Divas, d’Oum Kalthoum à Dalida  » est une véritable preuve d’amour à toutes ces actrices et chanteuses qui restent aujourd’hui encore des références adulées par tous. Artistes de légendes, interprètes charismatiques, icônes intemporelles, ces femmes fortes qui ont contribué à l’âge d’or de la chanson et du cinéma arabes sont réunies, lors d’un parcours magnifique, à l’Institut du Monde Arabe à Paris. Le parcours se déploie sur 1 000 m² d’espace d’exposition et sur deux niveaux pour un voyage en quatre temps : les pionnières, les divas de la chanson, les divas du grand écran et, enfin, l’héritage contemporain. Visite guidée Toutes les images, y compris les photos prises sur place restent propriété IMA - © Institut du Monde Arabe.
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Par Nour-Eddine NAZIH (Paris)

La visite commence ici , on traverse cet écran-lanières pour se trouver au milieu d’espaces-hommage aux femmes pionnières et avant-gardistes féministes dans Le Caire cosmopolite des années 1920 , aujourd’hui un peu oubliées ou méconnues. Houda Chaaraoui (1879-1947) fondatrice de la revue féministe L’EGYPTIENNE, Mounira Al-Mahdiyya (1885-1965), première à apparaître sur une scène au Caire, Badia Masabni (1892-1974), créatrice du cabaret Casino Badia en plein centre du Caire, ou encore Assia Dagher (1908-1986) et Aziza Amir (1901-1952), toutes deux stars d’une cinématographie égyptienne naissante, Rose Al Youssef (1898-1958) figure emblématique de la presse et du théâtre égyptien… Ces pionnières, qui étaient productrices, réalisatrices, actrices, danseuses, chanteuses, écrivaines, journalistes, ont ouvert, non sans difficultés et divers obstacles, la voie à leurs héritières dans les années 1940-1970 qui n’auraient pas pu exister et acquérir une immense notoriété auprès de publics majoritairement masculins. Ce parcours reconstitue les décors de ces sulfureuses carrières en présentant, exceptionnellement, tenues, mobiliers et documents d’archives qui restituent avec fidélité l’éclat glorieux de ces femmes devenues stars dans l’effervescence du siècle dernier.

Le deuxième acte de ce parcours, les Divas aux voix d’or que furent Oum Kalthoum , Warda , Fayrouz , Asmahan , Dalida , Sabah … durant la période 1940-1970. On longe le couloir, à droite des boxes, un par Diva, où sont exposées des robes de scène scintillantes, des photographies d’époque, des affiches de cinéma , des pochettes de disques 45 tours… A gauche, des écrans diffusent, en boucle, des extraits de films, de concerts mythiques, des interviews rares… On découvre les vies mouvementées et les carrières exceptionnelles de toutes ces femmes qui ont émergé dans le monde artistique et, surtout, qui ont réussi à défier la domination masculine sur la scène musicale et dans le divertissement. Elles vont susciter un engouement populaire extraordinaire dans l’ensemble des pays arabes et au-delà et incarner, chacune de façon spécifique, l’idée d’une culture arabe commune. Au bout, on prend l’escalier pour la « suite de l’exposition  ».

A ce niveau, des « loge-boudoir  » sont consacré à chacune des Divas . Y sont montrés des tenues de scène , des pochettes de disques, des effets personnels , des photographies d’époque, des extraits de films, de concerts… Dans le « mini-mausolée » consacré à “l’astre d’Orient” Oum Kalthoum , on peut voir ses célébrissimes lunettes noires, un antique poste de radio et on est même invité à prendre place sur les fauteuils restaurés pour l’occasion.

Le troisième acte du parcours est consacré aux productions cinématographiques de « Nilwood  » et le succès des comédies musicales égyptiennes qui consacrent les Divas actrices. On s’arrête dans différents boxe-ciné ou sont diffusés des (extraits) films, notamment le premier film égyptien muet en 1927 : Laila, de et avec Aziza Amir ou le premier film chantant égyptien en 1932 : La chanson du cœur qui rend Nadra une star. Beaucoup de films de Laila Mourad (Vive l’amour : 1937, Mon cœur est mon guide : 1947), Tahia Carioca (Rêve de jeunesse : 1942, Hub wa junun : 1948), Asmahan (Amour et Vengeance), Samia Gamal, Sabah, Souad Hosni, Faten Hamama, Hind Rostom, Dalida ou encore Fayrouz (Le vendeur de bagues : 1964, La fille du gardien : 1967) … Et, aussi, des documentaires : funérailles monumentales et interminables d’Oum Kalthoum, dans les rues du Caire le 3 février 1975, filmé par Youssef Chahine…

La dernière partie de l’exposition met en valeur les regards d’artistes d’aujourd’hui sur ces Divas, des œuvres fortes nées de ce patrimoine musical et iconographique unique réapproprié. Une création musicale holographique (La photographe et vidéaste libanaise Randa Mirza associée au musicien et compositeur hip hop Waël Kodeih ), les belles photos de Fouad Elkoury (la spectatrice dans la salle de cinéma, le projectionniste) ou encore les photogrammes détournés , et féministes, de Nabil Boutros.

Avant la fin de l’exposition, on se pose douze minutes pour regarder le film court « I Saved My Belly dancer  » de Youssef Nabil, avec Salma Hayek et Tahir Rahim, où le photographe célèbre la danse orientale tout en s’inspirant de ce cinéma égyptien disparu. Un conte coloré et vintage où la danse du ventre est sublimée, où le mouvement, l’image et les chants sont entremêlés et indissociables.

Une heure après (déjà !), on quitte l’exposition des étoiles plein les yeux et des mélodies plein les oreilles !

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