Point de vue

L’Espagne et le Maroc, des partenaires condamnés à s’entendre

Par : El Mostafa Nazih

Relations économiques entre le Maroc et l’Espagne mises à part – car nécessitant de s’y arrêter longuement – les liens culturels, sociaux et humains entre les deux peuples sont historiques, et la proximité géographique y est pour beaucoup.

Cependant, peut-on noter d’ores et déjà, ces liens connaissent des aléas chaque fois que les surenchères politiques prennent une longueur d’avance au pays ibérique.

Pour l’actualité récente, la matière ne manquait pas pour que le gouvernement de Pedro Sánchez (ainsi que le Maroc, au passage) se retrouvaient sous les feux de la rampe, aussi bien en Espagne qu’ailleurs. On nomme ici les récents événements à Sebta, survenus les 30 et 31 juillet dernier, concernant les candidats à la migration irrégulière. En Espagne – et pour ne se focaliser que sur le gouvernement actuel – il semblait qu’il y avait volonté à exploiter cette crise migratoire pour le déstabiliser, omettant que sur les plans économique et social, ses acquis sont indéniables en termes d’emploi, de pouvoir d’achat, de revalorisation des retraites et des droits sociaux notamment. Et ce, malgré la pression des crises Russie-Ukraine et USA-Iran, ainsi que celle du Moyen-Orient, et leur impact sur l’économie mondiale. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, M. Sánchez, en tant que président du gouvernement espagnol, a annoncé lundi 5 octobre 2026 la convocation d’élections législatives anticipées le 29 novembre prochain, après le rejet vendredi 2 octobre par le Congrès des députés de mesures présentées par son gouvernement pour répondre à la crise du logement. Deux textes législatifs consacrés au logement ont, en effet, buté sur un rejet, ce qui a ravivé les interrogations sur sa capacité à se maintenir jusqu’à la fin de la législature, initialement prévue pour 2027. Pourtant, l’essor économique de l’Espagne sous le Gouvernement-Sánchez est chiffrable, comme l’a défendu lui-même devant le Parlement de son pays. Ne dit-on pas qu’en politique il n’y a pas de certitude ?

-Relations économiques bilatérales florissantes

En matière de relations extérieures, le Maroc est bien placé, comme partenaire fiable de l’Espagne. Entre les deux pays, ce partenariat n’a cessé, au fil du temps, de gagner en dynamisme, au point que Madrid est devenu le premier partenaire commercial de Rabat. Le Maroc est devenu également le principal partenaire de l’Espagne sur le continent africain. Les relations économiques entre les deux pays sont devenues substantielles, avec des échanges bilatéraux dans plusieurs secteurs, s’élevant à plus de 20 milliards d’euros par an et atteignant 12,22 milliards d’euros au seul premier semestre 2026, selon les données de l’ICEX (España Exportación e Inversiones). En 2025, ils étaient de 22,757 milliards d’euros. Confirmant cet élan, le ministère espagnol de l’économie, du commerce et de l’entreprise a, de son côté, publié, le 22 septembre dernier, des données qui font ressortir que les exportations de biens vers le Maroc ont atteint 1,159 milliard d’euros (12,54 milliards de dirhams) en juillet dernier, en hausse de 2,8 % sur un an, atteignant leur niveau le plus élevé jamais enregistré pour ce mois, ce qui place le marché marocain parmi les destinations ayant établi un maximum mensuel historique pour les ventes espagnoles. Quant aux importations espagnoles en provenance du Maroc, elles se sont élevées à 816,3 millions d’euros (8,83 milliards de dirhams), soit une progression de 2,5 % sur un an, ce qui a porté l’excédent commercial espagnol à 342,9 millions d’euros (3,71 milliards de dirhams), contre 330,9 millions d’euros en juillet 2025. Les échanges bilatéraux de marchandises ont donc représenté près de 1,98 milliard d’euros sur le seul mois.

Les importations et les exportations bilatérales progressent ainsi régulièrement dans les deux sens. Dans ce cadre, le Maroc s’illustre comme destination privilégiée des investissements espagnols, étant le 1er en Afrique. Avec plus de mille entreprises au Maroc, les investissements espagnols, qui sont à présent considérables, promettent encore plus grâce aux opportunités offertes au Royaume par l’organisation conjointe, Maroc-Espagne-Portugal, de la Coupe du monde 2030 de la FIFA. Jusqu’au mois de décembre 2025, plus de 1.300 entreprises espagnoles opéraient au Maroc, selon les chiffres communiqués par la Chambre espagnole de commerce au Maroc.

Sur le plan bilatéral, toujours, à souligner surtout que les échanges commerciaux et touristiques, et en matière d’investissements ont connu ce saut remarquable notamment depuis 2022, année au cours de laquelle l’Espagne a déclaré soutenir officiellement le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine dans les provinces du sud du Maroc, et ce, dans le sillage de la dynamique diplomatique internationale en faveur de l’intégrité territoriale du Royaume et de l’Initiative d’autonomie pour le Sahara marocain.

-Une proximité à caractère de dents de scie !

Mais si les relations économiques et les liens culturels et humains hispano-marocains sont facilités, boostés et soutenus par la proximité géographique, cette proximité leur donne, en même temps et paradoxalement, le caractère de dents de scie.

Cette proximité géographique est en revanche, à double facette, dans le sens où les villes de Sebta et de Melilia – encore administrées par Madrid – sont des villes marocaines, sur le territoire marocain et donc situées en Afrique. Elles font partie d’un dossier qui vraisemblablement fâche certains milieux en Espagne, alors que c’est la géographie, telle quelle ! À regarder la carte du Maroc, le citoyen lambda, de par le monde, ne peut, nullement, concevoir que l’Espagne puisse disposer de « quelque chose » sur cette carte. Et puis, de quelles frontières terrestres entre l’Europe et l’Afrique parle-t-on ? Doit-on continuer à constater que ces villes sont « convoitées » par des jeunes candidats à la migration irrégulière, de diverses origines, séduits par le mirage européen ?

Dossier épineux, semble-t-il. C’est pourquoi, et eu égard à l’amitié maroco-espagnole, aux relations de voisinage, économiques, sociales et humaines entre les deux peuples, que Feu Sa Majesté Hassan II, que Dieu ait son âme, avait appelé Madrid au dialogue en proposant, justement, la création d’une cellule de réflexion mixte bilatérale multidisciplinaire pour aborder l’avenir de Sebta et Melilia. Cette Initiative historique a, pour rappel, été lancée le 3 mars 1987 par le Souverain marocain dans le Discours adressé à la Nation à l’occasion de la Fête du Trône, en vue d’un dialogue structuré entre les deux pays.

Presque quarante ans après, c’est encore le statu quo. Le dossier n’avance pas. Jusqu’à quand, peut-on se demander ? Jusqu’à quand Madrid continuera-t-il d’administrer ces villes marocaines, africaines ?

Etant, somme toute, des partenaires dans les différents domaines – condamnés à s’entendre – les deux pays gagneraient à parlementer, tôt ou tard, au sujet de ce dossier. Et l’amitié maroco-espagnole n’en sortira que grandie.

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