Politique

L’Afrique met à l’épreuve l’efficience du multilatéralisme (ministre marocain des AE)

Le continent africain est un critère pertinent pour évaluer l’efficience du système multilatéral, autrement dit le baromètre de sa performance et de son efficacité, a affirmé, mardi, le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains Résidant à l’Étranger, Nasser Bourita.

« Le système multilatéral doit (…) être jugé sur sa capacité à répondre aux besoins des pays en développement, notamment en Afrique », a souligné M. Bourita lors d’une intervention à la réunion des ministres des Affaires étrangères du G20 qui se tient à Matera (Italie), sous le thème : « Le multilatéralisme et la gouvernance globale pour lutter contre la pandémie et mieux reconstruire ».

« Nous avons un choix à faire, et il s’agit davantage de réformer véritablement le multilatéralisme que de simplement critiquer les institutions multilatérales en temps de crise mondiale », a relevé M. Bourita pour qui « le multilatéralisme reste notre meilleur espoir, à condition de savoir le transformer ».

Selon lui, dans le contexte pandémique actuel, trois domaines en particulier offrent une image concrète de ce que le multilatéralisme n’est pas, et ce qu’il devrait être : la santé, le commerce international et le développement durable.

Pour la santé, a-t-il affirmé, l’OMS doit avoir la capacité d’être proactive et d’être une autorité normative reconnue et incontestée. Elle devrait s’appuyer sur une capacité mondiale de surveillance et de prévision des épidémies, permettant à l’Organisation d’être le catalyseur d’un nouvel ordre sanitaire mondial plus inclusif et équitable, selon le ministre.

Deuxièmement, le système commercial multilatéral devrait promouvoir un commerce plus libre et plus équitable et contribuer à inverser la marginalisation des pays en développement. « Par exemple, il devrait aider les pays en développement à réussir leur transition verte et numérique », a-t-il indiqué, cité sur le site de son Département.

Enfin, a-t-il noté, un changement systémique du financement est nécessaire pour aboutir à un développement durable. « En particulier, il est nécessaire de déployer une volonté politique forte pour aller vers un accès au financement juste, adapté et prévisible pour les pays en développement », a-t-il préconisé.

Or, a-t-il fait observer, ces trois domaines ont une chose en commun : l’Afrique, un continent qui représente « un critère pertinent pour évaluer l’efficience de notre système multilatéral, autrement dit le baromètre de sa performance et de son efficacité ».

Soutenant que la pandémie a remis en cause l’efficacité du système multilatéral alors qu’il était le plus nécessaire, M. Bourita a signalé que cette épreuve a remis en cause le multilatéralisme car elle a révélé une « poly-pandémie ».

La pandémie a, à la fois, accru l’insécurité alimentaire et la pauvreté mondiale, compromis les réalisations des Objectifs de Développement Durable, et sapé les systèmes d’éducation et de santé, a dit le ministre.

La pandémie, a-t-il poursuivi, a également aggravé les inégalités et en a généré de nouvelles, agissant comme un « in-égaliseur » entre et au sein des nations, entre et parmi les femmes et les hommes, entre les populations locales, les réfugiés et les migrants.

Mais, elle a aussi été un signal d’alarme pour le multilatéralisme en ce sens qu’elle a révélé comment les crises peuvent être un terreau fertile pour l’innovation, a souligné M. Bourita.

Et de préciser que « la pandémie doit agir comme un catalyseur pour le système de transformation multilatéral que nous préconisons, un multilatéralisme de solidarité, un multilatéralisme inclusif, qui s’attaque à la fragmentation actuelle des composantes multilatérales, un multilatéralisme de pragmatisme, d’actions et de résultats ».

Les ministres des Affaires étrangères du G20, réunis à Matera, dans le sud de l’Italie, planchent sur les sujets humanitaires et environnementaux.

Une première session est consacrée au multilatéralisme, au développement durable et aux échanges internationaux. Le développement du continent africain doit être, quant à lui, au cœur de la seconde session de cette réunion ministérielle.

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