Point de vue

Maroc-Espagne : Comment reconstruire la confiance ?

À voir la liste du nouveau gouvernement espagnol remanié par Pedro Sanchez et ne comportant pas Arancha Gonzalez Laya, désormais ex-ministre des AE, l’affaire Benbattouche y serait pour quelque chose, comme dirait l’autre. Arancha Gonzalez Laya aurait « géré », semble-t-il, à sa manière ladite affaire qui a fait couler beaucoup d’encre.

Par : El Mostafa NAZIH

Bien qu’il soit de notoriété publique que le chef des séparatistes du polisario a été accueilli en Espagne sous un faux nom, le gouvernement de Madrid, qui combat le séparatisme sur son territoire, a persisté et signé en s’arrêtant seulement sur l’émigration vers Sebta, occultant la cause de sa crise politique avec le Maroc.

Il est évident qu’en matière de gestion des crises, la question de la migration constitue une carte, entre autres, susceptible d’être utilisée de part et d’autre. Pour l’histoire récente, lors du différend, survenu en 2020, entre la Turquie et l’Union européenne sur certains dossiers dont celui du financement de l’accueil et l’accompagnement des réfugiés sur le sol turc dans le cadre de l’accord signé en 2016 entre les deux parties, Ankara aurait fini par délaisser le contrôle strict de sa frontière avec la Grèce. Le président turc Recep Tayyip Erdogan avait même menacé en février 2020 d’ouvrir cette frontière terrestre, ce qui aurait permis, selon les médias, à des milliers de migrants de se diriger vers la Grèce, remettant ainsi sur le tapis les conditions de la crise migratoire de 2015 en Europe. Cette réaction d’Ankara n’avait pas suscité autant de polémiques en comparaison avec l’instrumentalisation par le gouvernement espagnol de la question de l’émigration. Et le Parlement européen ne s’était pas saisi de l’affaire !

Comment vaincre la méfiance réciproque ?

Le partenariat maroco-espagnol n’a pas résisté au choc de la dernière crise politique bilatérale au cours de laquelle Madrid n’a pas daigné reconnaître l’origine du différend qui concerne l’intégrité territoriale du Maroc, optant pour la fuite en avant en instrumentalisant la question de la migration jusqu’à faire appel au Parlement UE, sensible à cette question. Celle-ci ne constitue, faut-il le rappeler, qu’une partie de l’iceberg dans de telles situations. En effet, la partie marocaine dispose, dans la gestion de la crise politique avec la partie espagnole de cartes beaucoup plus importantes en relation notamment avec l’accord de pêche qui profite surtout à Madrid, l’accord sur le gazoduc passant par le territoire marocain et qui arrive à échéance en octobre 2021, et la coopération en matière de lutte contre les stupéfiants, le terrorisme et la criminalité transfrontalière.

En insistant sur la question de l’émigration vers Sebta, l’Espagne a réveillé ses vieux démons et fait, à présent, face à l’effet boomerang de cette gestion qui a dépoussiéré le dossier des villes occupées de Sebta et Melilia.

Face à la pomme de discorde, l’inévitable négociation

Le fait que le Chef du gouvernement marocain Saad Dine El Otmani évoque la question de Sebta et Melilia, le 19 décembre 2020 dans un entretien à la chaîne TV « Acharq », et que l’ex-cheffe de la diplomatie espagnole estime, pour sa part, dans un entretien à « Jeune Afrique » publié le 29 janvier 2021, que « sur Ceuta et Melilla, il n’y a rien à négocier : elles sont espagnoles », montre, s’il en est besoin, à quel point ce problème représente une pomme de discorde entre les deux Royaumes. Mais cela montre la nécessité également d’en parler, au lieu de tenter de le contourner. Il s’agit réellement d’un étrange héritage de l’histoire coloniale puisque les deux villes -situées en Afrique- sont méconnues des Espagnols eux-mêmes.

Arancha Gonzalez Laya et d’autres en Espagne ne reconnaissent pas ces villes comme les deux dernières colonies sur le Continent africain et soutiennent que le Maroc a, par conséquent, des frontières terrestres avec l’Europe, alors qu’ils se rappellent pertinemment que la demande d’adhésion à l’ex-CEE (Communauté économique européenne) formulée en 1984 par Feu SM Hassan II, a été rejetée en 1987 pour motif géographique. La partie européenne avait, en rejetant la demande marocaine, fait prévaloir l’article 49 du traité sur l’Union disposant que l’Etat candidat doit être géographiquement européen.

La géographie est immuable

Pourtant, le défunt Souverain lançait Son expression, devenue citation célèbre depuis, plaidant pour le rapprochement entre le Maroc -l’Africain- et son voisinage dans l’autre rive, à savoir que « Le Maroc est un arbre dont les racines plongent en Afrique et qui respire par ses feuilles en Europe ».

De leur côté, les responsables politiques espagnols, et européens aussi, s’accordent assez souvent à qualifier le Maroc, dans le cadre de la coopération en dehors des temps des crises, en ces termes : « Sur les questions de l’émigration, du terrorisme et du trafic de drogue, le Maroc est un allié fiable et indispensable ». Mais sans, pour autant, qu’ils dépassent la barrière psychologique lorsqu’il s’agit des deux villes. Pourtant, encore une fois, ils se souviennent que Feu SM Hassan II avait suggéré, en 1987, la création d’une cellule de réflexion sur l’avenir de Sebta et Melilia ; proposition novatrice, restée sans suite.

Dans ce sillage, le Parlement arabe, réuni en urgence lors de cette crise entre Rabat et Madrid, a notamment souligné, le 26 juin 2021, la nécessité d’ouvrir le dossier des villes marocaines de Sebta et Melilia et des îles marocaines occupées, pour régler cette situation qui relève de l’ère coloniale, selon la décision adoptée à l’issue de ses travaux tenus au Caire.

Pendant ce temps en Espagne, le Centre de recherches sociologiques (organisme public relevant du ministère de la Présidence du gouvernement) sondait l’Opinion publique espagnole sur ces deux villes. Le Centre a, en effet, mené une enquête d’opinion qui a notamment révélé que 20,3% des Espagnols sont convaincus que le Maroc récupérera « Ceuta » et « Melilla » d’ici une vingtaine d’années, alors que 15,1% pensent que les deux villes sont marocaines.

Enfin, la carte du Royaume du Maroc étant ce qu’elle est, le voisin de l’autre rive de la Méditerranée devrait, tôt ou tard, se rendre à l’évidence.

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