Présentation du Livre blanc sur l’IA en santé au Maroc

Le Centre d’innovation en e-santé (CIeS) de l’Université Mohammed V de Rabat a présenté, mercredi à Rabat, son troisième Livre blanc intitulé « Intelligence artificielle en santé au Maroc : réalités, enjeux et recommandations ».
Fruit d’une démarche collaborative associant des experts nationaux et internationaux, des professionnels de santé, des chercheurs, des institutions publiques et privées, des acteurs du numérique, des startups ainsi que des représentants de la société civile, ce Livre blanc propose une vision réaliste et pragmatique de l’intégration de l’IA dans le système de santé marocain, fondée sur les besoins réels du terrain et sur les meilleures pratiques internationales.
Dans une allocution de circonstance, le vice-président chargé de la Recherche, de l’Innovation et du Partenariat à l’Université Mohammed V de Rabat, Ismail Kassou, a souligné que la publication de ce Livre blanc dépasse largement le cadre d’un exercice académique, car il s’agit, a-t-il dit, d’« une contribution scientifique majeure » au débat national sur l’avenir du système de santé à l’heure de la révolution numérique.
Cette initiative témoigne également, selon lui, de la capacité de l’université marocaine à anticiper les évolutions technologiques, à produire une expertise indépendante et à mettre la recherche et l’innovation au service de l’action publique, relevant que l’intelligence artificielle ouvre la voie à une médecine de plus en plus prédictive, personnalisée et efficiente.
Elle contribue aussi, a-t-il expliqué, à améliorer la qualité du diagnostic, accélérer la recherche biomédicale, optimiser l’organisation des établissements de santé, renforcer les politiques de prévention et à accompagner les professionnels dans leurs décisions cliniques.
De son côté, le doyen par intérim de la Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat, Younes Rahali, a noté que l’intelligence artificielle est une discipline ancienne dont l’évolution repose sur l’amélioration continue des algorithmes.
M. Rahali a également souligné qu’il n’est pas nécessaire de maîtriser l’informatique fondamentale pour exploiter efficacement ces technologies dans la pratique médicale quotidienne. Le véritable défi scientifique ne réside pas, selon lui, dans la recherche de données parfaitement qualifiées, mais dans leur collecte à grande échelle, condition indispensable à l’émergence de nouvelles avancées médicales.
Pour sa part, le président de la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP), Omar Seghrouchni, a indiqué que la protection des données personnelles ne consiste pas à en limiter la circulation, mais à garantir un traitement conforme aux exigences juridiques et éthiques, depuis leur collecte jusqu’à leur suppression lorsqu’elles ne sont plus nécessaires.
M. Seghrouchni a également rappelé que la CNDP avait fait des données de santé une priorité stratégique dès 2020, une orientation renforcée par les enseignements tirés de la pandémie de Covid-19, citant, à ce titre, plusieurs initiatives structurantes engagées par l’institution, notamment l’adoption d’une architecture nationale des identifiants, destinée à distinguer les données d’authentification et celles d’usage, ainsi que la mise en place d’un cadre relatif aux analyses d’impact sur la protection des données.
Le président de la CNDP a, en outre, mis en avant les partenariats conclus avec le ministère de la Santé dans le cadre du programme Data-Tika, ainsi qu’avec la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), en vue de promouvoir un identifiant unique de santé et de garantir une séparation stricte entre les usages médicaux et ceux commerciaux des données.
Quant au directeur général du Groupement Sanitaire Territorial (GST) de Rabat-Salé-Kénitra, Brahim Lekehal, il a salué l’ensemble des équipes ayant contribué à l’élaboration de ce Livre blanc, fruit d’une démarche scientifique rigoureuse et d’une intelligence collective exemplaire.
« Ce Livre blanc constitue une véritable feuille de route stratégique. Il propose une vision et des recommandations concrètes pour un développement responsable, éthique, souverain et durable de l’intelligence artificielle dans le système national de santé », a-t-il affirmé, ajoutant que l’IA représente un levier majeur pour améliorer la qualité des soins, renforcer l’efficience des organisations, soutenir les professionnels de santé, développer la recherche médicale et répondre aux attentes croissantes des citoyens.
Dans la même veine, le chef du projet du Livre blanc, Anass Doukkali, a indiqué que ce document démontre la capacité du Maroc à s’imposer comme un acteur de référence en matière d’intelligence artificielle appliquée à la santé, à condition de garantir la souveraineté numérique, la cybersécurité et une gouvernance efficace des données.
Après avoir consacré un premier Livre blanc aux réalités, enjeux et leviers de développement de la e-santé au Maroc, puis un second à la digitalisation, au partage des données et à l’interopérabilité en santé, le CleS de l’Université Mohammed V de Rabat a souhaité engager une réflexion collective sur la place de l’IA dans l’avenir du système de santé. Ce troisième Livre blanc s’inscrit ainsi dans la continuité logique de ces travaux et constitue une nouvelle étape dans la construction d’une vision nationale cohérente de la santé numérique.
(Avec MAP)



